Plaidoyer pour les pionniers | Ou quand le carpiste devient Carpeur

Equipe Technipeche 2 mai 2016 Commentaires fermés sur Plaidoyer pour les pionniers | Ou quand le carpiste devient Carpeur
Plaidoyer pour les pionniers | Ou quand le carpiste devient Carpeur

« Carpiste », un mot qui écorche mes oreilles. Le cliché ressort à chaque fois. Affalé dans sa chaise, bière à la main, à attendre de manière fainéante que ça « bip », au milieu de tout un arsenal de matériel clinquant et onéreux ! Voilà l’image que nous avons donné ces dernières années avec ces fameuses questions : C’est combien ta plus grosse ? C’est où ? Avec quoi ? Etc. On y est tous confronté, on y échappe jamais. Et pourtant, la vérité se situe bien ailleurs…

Le dictionnaire nous dit :

*Carpiste : nom commun – « Pêcheur qui ne pêche qu’une seule espèce de poissons, la carpe .
*Pêcheur : nom commun – « Personne qui pêche, qui s’adonne à l’action de prendre ou chercher à prendre du poisson, par métier ou par plaisir. Cette activité consiste à  capturer des animaux aquatiques dans leur milieu naturel. »

Et si on joignait ces deux mots : « Carpeur». Ce mot évoque l’état d’esprit dans lequel je suis.
Être en osmose avec le milieu dans lequel je cherche et traque uniquement la carpe afin de l’admirer, de la connaître d’avantage. Tout en la respectant et avec le moins de chichis possible afin d’être le plus efficace possible. Tels que nos pionniers.
Je ne suis pas Freud mais vous êtes-vous déjà posés ces questions : D’où vient mon virus ? Pourquoi cette passion ?
Nous avons tous un parent, un ami, une connaissance qui un beau jour nous a proposé d’aller à la carpe avec lui.
On y a été, on a vu, on s’est imprégné de l’ambiance, du milieu. Notre âme a été touchée.
On a alors acheté des magasines spécialisés.
A mon époque, fin des années 90, ce petit monde de « carpistes » était déjà en ébullition.
Les premiers pêcheurs reconnus s’affichent avec de fabuleux monstres d’eau douce et nous offrent du rêve à travers leurs photos et récits .

Le business carpe est en route, normal, une nouvelle mode est née.
Mais petit retour à la source, Flash Back.
Début des années 80, nos bons vieux ennemis britanniques débarquent dans le sud de la France, Saint-Cassien pour ne pas citer ce mythique lac. Ils arrivent avec leurs techniques, leurs approches dites « modernes » qui ne le sont plus aujourd’hui. Les résultats tombent et les vieux franchouillards grinçant des dents sont renvoyés dans « l’oubli » avec leurs patates armées de tridents.
La révolution passe par cette petite boulette de pâte cuite pendue à un bout de fil en dessous de l’hameçon.
Également dans l’approche, l’amorçage.
Mais la révolution réside aussi et surtout dans le fait que l’on relâche dans son milieu, le poisson tant convoité.

La plupart des pêcheurs de l’époque ne pensant qu’à remplir le congélateur. De tout cela, en ressort une poignée de Gaulois fascinés par ce fonctionnement et ces idées nouvelles et qui n’hésiteront pas quelques années plus tard, à partager leur savoir acquis au fur et à mesure de leurs sessions.
Et par conséquent, participer au développement du matériel spécialement conçu pour notre passion.

La vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain

Je voudrais rendre hommage à ces pionniers qui ont compris que ce formidable poisson, partenaire de jeu, était un être respectable et que même de petite taille, il pouvait avoir un âge équivalent, voire supérieur, à son pêcheur. En le relâchant, l’idée de rattraper ce même poisson plus lourd, plus grand fait son chemin. Ainsi, sois même ou un autre pêcheur pourra se faire à nouveau plaisir. Aujourd’hui, le No-kill et quasi généralisé et est bien rentré dans les mentalités.
Et tant mieux !
Mais pour certains, ce n’est peut être qu’ un effet de mode, de recherche de gloire, de business, bref, un reflet de la société d’aujourd’hui.
On le ressent bien à travers certaines vidéos ou photos, on ne veut pas y croire et surtout, on ne ressent aucune sincérité. Pourtant, on est tous pareil, et que celui qui n’a jamais pris un poisson de moins de 5 kilos me jette la première pierre.
L’essentiel n’est-il pas ailleurs ?
Je trouve parfois glorieux d’attraper ce genre de poissons.
Simplement parce que quelque soit son poids, dame carpe n’est pas toujours joueuse et séduire une de ces bestioles reste très compliqué. Je repense à nos pionniers qui malgré la marginalité de cette pêche, affichée et assumée à l’époque, ont toujours la même étincelle dans les yeux aujourd’hui.

Traversant les années et les modes, malgré les rides et les cheveux blancs et parfois loin de la médiatisation. Ces mêmes hommes arrivent encore à nourrir notre imaginaire, nos âmes de pêcheurs mêmes s’ils ont une marque apposée sur leur tee-shirt. Sans bling-bling, sans le petit gazon anglais sur lequel y est ajusté au niveau à bulle, la batterie brillante de mille feux ainsi que l’abri 4 étoiles.
Loin de ceux posant avec un poisson affichant un bon « 20+ » bras tendus comme il est coutume de le voir de nos jours, et finalement sans vraiment beaucoup d’intérêts et peut être déjà capturé par quelqu’un d’autre.
Même nos pionniers ont pris et prennent encore des petits poissons, prennent des tôles !
Ce qui les caractérise également, c’est leur générosité, la remise en question  perpétuelle car la vérité d’aujourd’hui ne sera pas celle de demain.  Leur quête reste immuable. Ils savent encore nous inculquer ces valeurs. 

Alors pourquoi ne pas faire comme eux ? Deux cannes, deux piques, une  épuisette, un level et un vieux parapluie. Partons sur la piste de notre poisson favori. Faisons notre petite place dans les ronces ou la boue tel un sanglier, sans détruire le milieu. Fondons-nous dans le décor.

Quelque soit notre terrain de jeu, si aujourd’hui nous pouvons vivre à fond notre passion, c’est aussi et surtout grâce à eux. Ressentir ces sensations durant un nuit de pleine lune, avec le bruit du « cliqueti » du frein du moulin sous la pression d’un être inconnu à l’autre bout de la ligne. Du chant caractéristique de la tresse qui frotte dans les anneaux brillants sous la lueur de notre frontale. Profiter du cri du Grand Duc perché sur une branche d’un vieux chêne non loin de là, etc.

Messieurs, merci, car grâce à vous, je suis un Carpeur…

Jean Christophe BOYER
TEAM TECHNIPECHE

 

 

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